Apprivoisage du clavier.
Allez, tous ensemble on s'échauffe les doigts, au son de l'intro de
Close to Me de
The Cure. On craque, on fait bouger, on pianote, on fait la cloche, le doigt d'honneur, le loup, le papillon, puis finalement, on commence à parler (et à tapoter, tout doucement, parce qu'on est pas encore totalement chauds).
I've waited hours for this
I've made myself so sick
I wish i'd stayed asleep today
I never thought that this day would end
I never thought that tonight could ever be
This close to me
Je me met a vous susurrer des mots doux dans l'oreille.
Je susurre, je
murmure, je
hurle, je glousse... C'est tout ce que je sais faire. Mais au fond j'aime bien. Je vous parle... oh allez, on peut se tutoyer,non? Je te parle comme à moi-meme. Sans
honte. Et presque sans censure.
Oui il y a quand même des choses que je ne me permet pas de dire.
Mais ne t'inquietes pas, ce n'est pas parce que c'est un secret, c'est juste la honte. Un peu comme vous et moi avons honte de nous montrer tout nu. C'est notre milieu social qui veut ça. C'est les restes de la pomme de l'Eden que nous avons tous un peu avalé de travers. Fallait recracher le pépin. Mais on savait pas à l'époque. C'est pas d'not faute. (Pourquoi alors, pourquoi, est ce qu'on nous refuse l'Eden?)
Mais j'aime bien te parler de
rien. Tout comme j'aime écouter les conversations des
adultes autour d'une table, alors que je suis censée être loin, très loin de ce genre de préoccupation. Je pourrais aussi te parler pendant des heures de l'effet que ça me fait, parfois quand je suis assise dans mon bus matinal et que la jambe d'à côté
réchauffe amicalement la mienne. Oui ce genre de choses, je pourrais te les décrire de façon a ce que toi aussi tu comprennes combien c'est fort ce genre de
souvenirs et de sensations. J'aime aussi nager sur le dos a la
piscine et regarder défiler les carrés du plafond. C'est
hypnotizoreposant. C'est ce qui me fait oublier combien je dois être triste, parce que oui. Etre triste, avec la vieillesse, devient une nécéssité apparemment. Certaines personnes ne vivent que pour leur malheur et leur désespoir, contrairement à ce qu'on pourrait penser.
But if i had your face
I could make it safe and clean
If only i was sure
That my head on the door
Was a dream
Maintenant que tu t'es habitué à mon
babillage incessant dans ton oreille, tu vas peut etre me suivre. Ou pas. C'est toi qui
choisis. Au fond je ne vais rien te montrer de spécial. Mes doigts, eux, ont fini de s'échauffer.
Te parler devient un jeu. Plus besoin de forcer quoi que ce soit, tout passe en douceur, sans même utiliser mon cerveau. Tout coule, tout s'en va, et passse de ma bouche , de mes doigts, à tes yeux, tes oreilles. J'ai fini de rassembler mes affaires, et tout est près pour le départ. La
pipe à bulles et dans ma poche, le gratte dos dans mon sac, et le chocolat a la myrtilles n'attend que nous. J'ai aussi amené un viel édredon qui sent bon la
lavande, si jamais on a froid en dormant à la belle
étoile. (dans un monde en oir et blanc, seules les étoiles sont en couleur)
But if i had your faith
Then i could make it safe and clean
If only i was sure
That my head on the door was a dream
A vrai dire, le
monde va me manquer. Avec tous ses défauts, lui aussi. Y'a des moments comme ça.
Mon coeur a ralenti sa course. Mes doigts sont engourdis. Mes lèvres
tremblent un peu . C'est l'émotion. Partir, quel rêve. Partir sans changer d'endroit vraiment. Juste un peu plus loin, de quoi sortir de la ville. Mais l'avoir toujours un peu sous les yeux. Je pense que je ne pourrais pas me résoudre a la perdre. Et les gens qui sont dedans avec. trop de souvenirs. Et puis, meme s'ils sont chiants, tous ces citoyens, je ne peux pas les quitter comme ça.
Lève les yeux, et regarde bien.
Ce qu'on peut voir, la haut, c'est qu'on est
petits.
Tout petits. C'est sûr, ça rend humble. Si on se tient la main, on paraîtra à peine plus gros.
Un monstre sympathique, siamois par la main.Sous l'édredon.
Douce chaleur.
Sainte fatigue.
Je vous salue.
Et vous aime, à ma façon.